Nady Bamba, également connue sous le nom de Nadiana Bamba, est une figure politique ivoirienne incontournable, à la fois pour son rôle d’épouse de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, et pour son influence grandissante dans la sphère politique ivoirienne. Son parcours, marqué par des actions politiques stratégiques, un contrôle serré des structures partisanes et une capacité à jouer des alliances complexes, fait d’elle une personnalité controversée et centrale dans l’histoire récente politique ivoirienne.
Origines et Ascension
Nadiana Bamba est originaire de la ville de Touba, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Avant son entrée dans l’arène politique, elle a exercé comme journaliste, ce qui lui a permis de développer un sens aigu de la communication et des réseaux. Sa relation avec Laurent Gbagbo débute dans les années 1990, en parallèle de la montée en puissance de ce dernier. En 2001, elle devient son épouse coutumière selon les rites malinké et musulmans, avec qui elle aura un fils né en 2002. Si le mariage officiel civil de Laurent Gbagbo était avec Simone Ehivet Gbagbo, Nady Bamba a toujours été plus qu’une simple compagne : elle a été une confidente, une alliée politique et une figure discrète mais influente à ses côtés, notamment durant sa présidence et sa détention à la Cour pénale internationale (CPI).
Son Rôle dans la Campagne de 2010 : Stratégie et Controverses
La campagne présidentielle ivoirienne de 2010 reste une étape décisive de la carrière politique de Nady Bamba, révélant à la fois ses talents de stratège et les controverses qui l’entourent. En 2010, elle prend en charge la coordination de la campagne de Laurent Gbagbo dans la région du nord du pays, un bastion électoral crucial. À cette occasion, d’importants moyens financiers sont mis à sa disposition, ce qui suscite des tensions avec les cadres officiels du FPI (Front Populaire Ivoirien) et de la coalition LMP (La Majorité présidentielle).
Malgré les moyens déployés, cette campagne dans le Grand Nord est un échec cuisant : le candidat Gbagbo peine à remporter plus de 10% des suffrages dans une région traditionnellement déterminante. Par ailleurs, Nady Bamba impose deux agences de communication françaises pour piloter la campagne de Gbagbo, délaissant les agences ivoiriennes qui sont plus proches du terrain. Ce choix stratégique a contribué à complexifier l’image de Gbagbo, accusé d’être un candidat “profrançais”, perdant ainsi de la crédibilité face à son principal rival, Alassane Ouattara.
En effet, Ouattara, par contraste, a fait appel à une agence ivoirienne locale plus efficace et mieux connectée à l’électorat, Voodoo Communication, dirigée par Fabrice Sawegnon. Cette agence a su déployer une communication moderne et terrain, renforçant la campagne d’Ouattara et sa crédibilité auprès des électeurs. Ce choix de Nady Bamba, considéré comme un handicap, a compliqué la rivalité politique déjà intense entre les camps Gbagbo et Ouattara.
Relation Complexe avec Guillaume Soro et les Rebelles
Un aspect controversé du rôle politique de Nady Bamba concerne sa relation supposée avec Guillaume Soro, ancien leader rebelle puis Premier ministre de Côte d’Ivoire. Charles Onana a évoqué l’idée que Nady Bamba aurait été la “fiancée musulmane” de Guillaume Soro, une affirmation peu documentée et sujette à caution, qui semble davantage relever de rumeurs non confirmées. Néanmoins, ce qui est avéré est son rôle dans la gestion politique du conflit ivoirien.
Nady Bamba aurait conseillé à Laurent Gbagbo de faire confiance à Guillaume Soro et de fermer les yeux sur le désarmement partiel des forces rebelles. Ce pragmatisme politique, visant à apaiser certains fronts pour maintenir un équilibre, a eu pour effet indirect de favoriser l’affaiblissement des forces loyalistes et a contribué à la montée en puissance des rebelles. Les forces pro-Soro ont joué un rôle déterminant dans la chute de Laurent Gbagbo, ce qui met en lumière la complexité des calculs politiques que Nady Bamba a pu faire.
Ce conseil de Nady Bamba, loin d’une collaboration militaire directe, traduit une posture politique stratégique dont les conséquences ont participé à redessiner les équilibres de force en Côte d’Ivoire. Elle a aussi imposé un silence strict aux cadres du FPI et LMP qui osaient critiquer Guillaume Soro, démontrant une volonté ferme de verrouiller les alliances politiques pour servir ses intérêts et ceux de son entourage.
Mainmise sur le PPA-CI : Un Contrôle Stratégique
Depuis la création du Parti des Peuples Africains–Côte d’Ivoire (PPA-CI) en 2021, Nady Bamba est reconnue comme la véritable force dominante du parti. Si Laurent Gbagbo en est le président officiel, c’est Nady Bamba qui dirige les opérations en coulisses avec une emprise quasi totale sur la stratégie politique, les nominations et la communication. Sa montée en puissance dans le PPA-CI s’est accompagnée d’une gestion serrée des rivalités internes.
Elle s’est imposée comme l’arbitre central, orchestrant le remplacement ou l’éloignement de figures influentes comme Charles Blé Goudé, Pascal Affi N’Guessan, ou Ahoua Don Mello, consolidant ainsi son autorité. Ce verrouillage du pouvoir a parfois suscité des accusations d’un contrôle excessif et d’un monopole décisionnel, créant des tensions au sein du PPA-CI et même dans l’opinion publique.
Sur le terrain, Nady Bamba est très présente, surtout en amont des échéances électorales, jouant un rôle essentiel dans la structuration des alliances, la mobilisation des militants, et la gestation des candidatures. Ce positionnement soulève de nombreuses interrogations .
Une Influence Multiforme et Contestée
Nady Bamba est également une personnalité engagée sur le plan religieux et communautaire. De confession musulmane, elle est reconnue pour ses initiatives spirituelles et politiques dans différentes communautés ivoiriennes. Sa capacité à conjuguer divers registres d’influence – religieux, social et politique – renforce sa position dans un paysage politique souvent fracturé.
Son influence est d’autant plus marquée que la vie politique ivoirienne est profondément marquée par des traditions, des alliances ethniques et religieuses, que Nady Bamba sait naviguer avec habileté. Elle représente à la fois une nouvelle génération de dirigeantes politiques pragmatiques et controversées, capables de manœuvrer avec finesse dans un système politique en mutation.
Cela dit, son parcours est aussi celui d’une femme confrontée à de nombreuses accusations : favoritisme lors de la campagne, mainmise excessive sur le pouvoir, gestion conflictuelle des cadres, et soupçons de manœuvres visant à exclure ou neutraliser les opposants internes. Ces critiques, parfois virulentes, reflètent les tensions nées de sa forte personnalité et de son ascension rapide dans un univers traditionnellement masculin.
En somme, Nady Bamba est sans doute l’un des acteurs majeurs de la scène politique ivoirienne contemporaine. De journaliste engagée, elle est devenue une stratège politique clé, influençant profondément la vie politique par son rôle de conseillère, d’influenceuse, et de dirigeante au sein du PPA-CI. Son implication dans la campagne présidentielle de 2010, ses rapports complexes avec les forces rebelles et les alliances politiques, sa mainmise sur la direction du PPA-CI, ainsi que sa gestion des rivalités internes, font d’elle une personnalité incontournable mais également controversée.
Sa trajectoire illustre les contradictions d’un système politique marqué par des compromis, des alliances troubles, et des luttes de pouvoir intenses, dans lesquelles Nady Bamba excelle avec pragmatisme et détermination. Son avenir politique, notamment à l’aube de la présidentielle ivoirienne de 2025, reste à observer de près, car son rôle pourrait s’affirmer encore davantage dans la gouvernance du pays.
Ainsi, comprendre Nady Bamba, c’est aussi saisir une dynamique essentielle de la politique ivoirienne : celle d’une femme qui incarne à la fois le changement dans la gestion du pouvoir et la permanence des enjeux d’influence dans une Côte d’Ivoire en quête d’équilibre et de stabilité.
